"Étant entendu que le monde moderne est une horreur absolue, il ne reste plus qu'à cracher dessus.
Ce doit être pour cela que la Providence m'a fait phtisique..."
~ Joseph Stokober
"C'est quand même dingue : les ceusses qui causent le plus de tolérance, c'est les premiers qui t'insultent quand t'es pas d'accord avec eux."
~ Joseph Stokober
"Je sais bien que la littérature et la philosophie d'aujourd'hui se méfient des « belles âmes » et préfèrent les salauds. Je sais bien que l'histoire d'aujourd'hui ne s'intéresse guère qu'aux statistiques, aux courbes des prix, à l'action des masses et qu'elle ne retient, à la rigueur, que les noms de ceux qui ont contribué à changer le monde. Rossel n'a rien changé. Il a échoué sur tous les plans : national et révolutionnaire. Il n'a sauvé que sa conscience."
~ Edith Thomas, Rossel, Paris, Gallimard, 1967.
Lorsqu'un ami très cher m'a offert l'ouvrage susmentionné, je ne me doutais guère que sa lecture dépasserait à ce point mes attentes. Le verbe est à la fois concis et ciselé, et la trame narrative laisse une grande place aux écrits de Louis-Nathaniel Rossel lui-même, plus précisément à sa correspondance avec ses parents et sa soeur Isabella. Des échanges épistolaires à la fois tendres, drôles, profonds et amers. A l'image du colonel.
Le délégué à la guerre de la Commune fut illégalement passé par les armes avec Ferré et le sergent Bourgeois, le 28 novembre 1871, au poteau de Satory.
L'on écrivit une complainte en hommage à ce grand homme de foi, ce révolutionnaire effronté, ce jeune homme insolent qui — chose rare — avait les moyens de son insolence. Selon E. Thomas, les auteurs de cette complainte sont Naquet (Alfred, sans nul doute), Louis Blanc, Rochefort et... Victor Hugo. La
voici.
La Complainte de Rossel
Il n’avait pas trente ans, le cœur plein d’espérance
Plein de patriotisme et d’abnégation,
Quand les bourreaux français tranchèrent l’existence
De ce grand citoyen, de ce fier champion.
[Refrain] C’est pour la Commune égorgée
Qu’il est mort frappé par la loi.
Ô Rossel, mon enfant, ta mort sera vengée,
Ô martyr, dors en paix, dors en paix,
La France pense à toi.
On l’a fait fusiller comme un coupable infâme,
Comme s’il eût commis des crimes inouïs,
Ce fier vaillant soldat qui n’avait dans son âme
Que trop d’amour, hélas ! pour son pauvre pays
Il est mort glorieux pour le salut du monde,
Comme le Christ est mort par la main des bourreaux.
Mais son sang généreux vivifie et féconde
Le droit de liberté qu’il défendait si haut.
La République était son amante adorée,
Pour elle, il a donné sa jeunesse et son sang.
Les Français en émoi, la France déchirée
Pleurent avec nous ce fils, pleurent cet innocent.
Adieu, mon fils, adieu. Ton immense infortune
Laisse dans notre cœur un immortel regret.
Mais si le peuple un jour refaisait la Commune,
C’est au nom de Rossel qu’il se soulèverait.
Dans mon immeuble, quand une porte est pétée, on remet le code sans réparer le groom.
Dans mon immeuble, quand on fait un trou en plein milieu du hall (pour stopper une fuite de canalisation qui inondait les sous-sols depuis environ une semaine), on
se contente de mettre des planches par dessus. Et quand les planches sont pourries et se fissurent, bah on ne rebouche certes pas le trou, mais comme on est magnanime, on remet des planches
toutes neuves.
Dans mon immeuble, dès qu'un truc est à moitié réparé, un autre truc se remet à déconner (parce qu'il n'avait été qu'à moitié réparé précédemment).
Dans mon immeuble, quand le voisin du premier étage prenait sa douche, c'étaient les Chutes du Niagara dans le hall. Le jour où un compteur électrique a pris la
flotte, on a commencé à songer faire des réparations. On a fait la chose à la va-vite, et puis on a mis du gros scotch autour du compteur. Du scotch avec écrit "Danger de mort", ou un truc comme
ça. C'est cool de lire "Danger de mort" à 20 centimètres de ses yeux, quatre fois par jour, en verrouillant ou en déverrouillant sa serrure.
Le scotch a été enlevé au bout d'environ 3 ans, pour laisser place à un compteur flambant neuf. Une lueur d'espoir au milieu de l'obscurité. Oui, de l'obscurité. Parce que depuis quelques temps sévit la "Combo du Bâtiment B" : tantôt les parties communes subissent une totale coupure d'électricité (si possible en hiver, quand les jours sont moins longs et la luminosité déficiente), tantôt elles sont allumées 24h/24 (et la minuterie fait un bruit insupportable).
Vraiment, le Vème Sud, c'est trop ghetto...
Addendum : Je devrais écrire une chanson réaliste sur mon immeuble. Bruant et Damia n'auraient qu'à se rhabiller.
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ROUSCAILLONS BIGORNE !
Leçon n°3 : Un pandore
Du « condé » au « poulaga », l’arguemuche de la Capitale fourmille de sémillantes allégories à l’endroit des forces du désordre. Le premier sobriquet tire ses origines du prince en charge de la sécurité du royaume, tandis que le second accompagne l’invention combinée du nuggets et de la camionnette de police.
Mais si l’on ne devait garder qu’un « gendarme » argotique, ce serait sans doute le pandore. Dans l’un de ses articles du Cri du Peuple, Henri Verlet dresse les portraits de Mac Mahon, Dupanloup et Thiers sous les traits respectifs de « Pandore, Basile, et Mercadet ». Pourquoi Pandore ? Quelle étrange relation pourrait-on entrevoir entre le gendarme de 1871 et la mythologie grecque ? S’agit-il de cette étrange boîte de Pandore, dont chacun redoute l’ouverture ? Entre l’hellène récipient et l’inquiétant panier à salade, l’analogie est tentante. Seulement voilà : c’est un anachronisme.
Un lacanien décréterait sans doute que dans « Pandore », il y a « Pan ! » et « dors ». En somme, le « Pandore » serait celui qui, d’un coup de flingot, condamnerait ses victimes au sommeil éternel. ‘Sont vraiment cons, ces lacaniens.
Quant à nous, nous demeurons désespérément inaptes à déterminer l’origine de cette occurrence argotique, car si le pandore est sans doute la manifestation de bien des maux de ce monde, il n’en est pas la source ni la racine. Nous nous contenterons donc de cracher sur l’âme damnée de Mac Mahon en chantant avec Clément, une larme à l'oeil : « Demain les manons, les lorettes / Et les dames des beaux faubourgs / Porteront sur leurs collerettes / Des chassepots et des tambours. / On mettra tout au tricolore / Les plats du jour et les rubans / Pendant que le héros pandore / Fera fusiller nos enfants ! »
Joseph Stokober
Mais c'est l'argot lutécien - et notamment ses variantes modernes - qui illustre le mieux ce melting-pot : sans aucun fondement étymologique déterminé, cette langue verte à la structure unique au monde s'est développée sur un schéma binaire, mêlant trouvailles poétiques et agrégation de racines provinciales ou étrangères.
Appelé "tête de veau", "tête de chien", "Parisieng", ou plus simplement "enculé" selon les régions qu'il traverse, le Parisien est une créature incomprise et mal-aimée. Puisse ce modeste blog contribuer à lui rendre ses lettres de noblesse...
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